Article Var Matin Du 16 Mai 2015

 

Face à des chauffards qui cumulent parfois imprudences et délits, un collectif de familles
milite pour une sévérité accrue de la justice. Plaidoyer pour un “homicide volontaire” routier
Cet après-midi encore, des familles endeuillées défileront à Paris. Sur leurs poitrines, les visages
de leurs proches, fauchés sur la route. (Photo DR)
Morts sur les routes :
ils voudraient durcir la loi


Var Samedi 16 mai 2015
var-matin
C’est l’envers des chiffres.
L’envers des statistiques
anonymes qui égrènent les
morts sur la route. Pour soutenir
les familles, ne pas les laisser seules
dans des situations effroyables,
un rassemblement est organisé
cet après-midi à Paris, par le “Collectif
justice victimes route”.
Des familles endeuillées viendront
de toute la France. Plusieurs feront
le déplacement depuis le Var.
À Saint-Zacharie, Agnès Guglielmet,
qui a perdu un fils, explique
combien les proches parents se
retrouvent isolés. « La face cachée
des accidents de la route, ce sont les
familles, laissées, abandonnées ».
En plus des difficultés morales,
personnelles et financières parfois,
elle pointe la frustration ressentie
face aux rouages de la justice.
La relaxe
Le chauffard qui a percuté son fils
sur sa voie de circulation a été relaxé.
« Je ne voulais pas qu’il aille
en prison, mais que la justice reconnaisse
l’homicide involontaire.
Au moins ça ». Une douche froide.
« C’est aberrant. Vous sortez du tribunal
en colère. Les peines sont a
minima. Il n’y a pas de prise de conscience
». Elle estime que son fils
« a été tué une deuxième fois ».
Ce combat est aussi celui de Cathy
Bourgoin, fondatrice du “Collectif
justice victimes route”. «Nous
avons une proposition de loi, co-signée
par une trentaine de parlementaires,
pour instaurer qu’avec
trois circonstances aggravantes, un
homicide sur la route devient volontaire
». Ou un homicide “par mise
en danger caractérisée de la vie
d’autrui”.
Un fragile précédent
Ces circonstances, ce sont par
exemple la consommation d’alcool
ou de drogues, la conduite sans
permis, sans assurance, à très
grande vitesse…
Deux propositions de loi allant dans
ce sens ont été déposées en 2013.
En vain. Le député UMP varois Philippe
Vitel en avait co-signé une.
Reconnaître un homicide volontaire
pour des accidents de la
route, c’est tout l’enjeu, on s’en
souvient, du dossier des quatre
jeunes Varois tués par un chauffard
en Italie en 2011 – plus de 150 km/h
à contresens sur l’autoroute et
avec 1,5 g/l d’alcool dans le sang.
L’homicide volontaire, retenu en
première instance, ce qui était exceptionnel,
a volé en éclats en
appel. Dans un mois, on saura si le
chauffard reste en prison, avant
son jugement devant la cour de
cassation italienne.
Une épreuve pour les proches,
dont certains sont attendus au rassemblement
cet après-midi, à
Paris.
Cathy Bourgoin milite aussi pour
que sur le banc des parties civiles,
les familles puissent faire appel
d’un jugement pénal. Ce qui n’est
absolument pas le cas aujourd’hui.
Cet après-midi, tous défileront, en
blanc. Sur leurs poitrines et leurs
coeurs, les visages des êtres aimés
trop tôt disparus. Souvent, il est
inscrit à côté les décisions de justice.
Certaines d’entre elles sont
incompréhensibles aux yeux des
familles. Beaucoup trop clémentes.
SONIA BONNIN
sbonnin@varmatin.com
Le collectif est présent sur internet :
www.justicevictimesroute.fr

 



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